Mali
Capitale: Bamako
Population: 11,0 millions (2001)
Langue officielle: français
Groupe majoritaire: aucun
Groupes minoritaires: une trentaine de langues dont le bambara, le bozo, le bomu, l'arabe hasanya, le fulfude, le malinké, le sénoufo, le dogon, le songaï, etc.
Système politique: république unitaire
Articles constitutionnels (langue): article 2 et 25 de la Constitution de 1992
Lois linguistiques: décret 159 PG-RM du 19 juillet 1982, loi no 86 AN-RAM portant création de la Direction nationale de l'alphabétisation fonctionnelle et de la linguistique appliquée (DNAFLA) du 24 juillet 1986, décret 93-107/P-RM du 16 avril 1993.
1 Situation générale
La république du Mali est limitée au nord par l'Algérie, le Niger et le Burkina à l'est, la Côte d'Ivoire et la Guinée au sud, le Sénégal et la Mauritanie à l'ouest (voir la carte). Le Mali est un pays relativement grand, puisque sa superficie (1,2 million de km2) correspond à peu près à 30 fois la Suisse, soit celle réunie de l'Allemagne, de la France, du Royaume-Uni, de la Belgique et des Pays-Bas. La distance entre le nord et le sud du Mali est de 1600 kilomètres. Le pays est divisé en huit régions administratives (voir la carte détaillée): Tombouctou, Kidal, Gao, Mopti, Kayes, Koulikoro, Sikasso et Ségou, auxquelles s'ajoute le district de la capitale, Bamako. Le Mali est un État enclavé dont 65 % du territoire est occupé par le désert et demeure l'un des pays les plus pauvres du monde.
2 Données démolinguistiques
En 2001, la population malienne était estimée à 11,0 millions d'habitants. Les neuf dixièmes des Maliens habitent les régions du Sud (Kayes, Koulikoro, Mopti, Ségou, Sikasso et Bamako). Seule la capitale, Bamako (840 000 habitants en 1994), dépasse les 100 000 habitants. Les autres villes importantes sont Mopti (78 000 habitants), Ségou (99 000 habitants), Gao (55 000 habitants), Sikasso (73 000 habitants) et Kayes (67 000 habitants). En outre, le Mali perd beaucoup de ses citoyens au profit de la Côte d'Ivoire, du Sénégal, de l'Afrique centrale et de la France.
Région
Capitale Surface/km2 Population 1995
Gao (nord) Gao 170 572 408,0
Kayes (sud) Kayes 119 743 1 245,0
Kidal (nord) Kidal 151 430 77,1
Koulikoro (sud) Koulikoro 95 848 1 462,0
Mopti (sud) Mopti 79 017 1 423,0
Ségou (sud) Ségou 64 821 1 579,0
Sikasso (sud) Sikasso 70 280 1 521,0
Tombouctou (nord)
Tombouctou
496 611 462,0
District
Bamako (sud) Bamako 252 913,0
TOTAL
Bamako 1 248 574 9 013,0
2.1 Les ethnies
Près de 40 % des habitants du pays appartiennent à l'ethnie mandingue; ce sont majoritairement des Bambara vivant principalement dans le district de Bamako. Ils sont suivis par les Peul (13,9 %), les Sénoufo (9 %), les Soninké (8,8 %), les Dogon (8 %), les Songaï (7,2 %), les Malinké (6,6 %), les Dioula (2,9 %), les Bwaba (2,4 %), les Touaregs (1,7 %), les Maures ou Berbères (1,2 %). Les Peul habitent la sous région de Macina (Kayes), les Sénoufo vivent autour de Sikasso dans la zone frontalière avec le Burkina et la Côte d'Ivoire, les Soninké dans l'Ouest (Kayes), les Dogon au nord-ouest sur le plateau de Bandiagara, les Songhaï sont établis dans l'Est, tandis que le Sahara (région de Tombouctou) est le domaine des Berbères et surtout des Touareg nomades.
Ces découpages ethniques se retrouvent dans la répartition du travail. Les Bambara, les Dogon et les Sénoufo sont généralement des paysans; les Bozo, des pêcheurs; les Marka et les Malinké, traditionnellement des commerçants, constituent l'essentiel de la population urbaine; les Touareg, les Peul (Fulani) et les Maures (Berbères), nomades, sont en majorité des éleveurs.
L'islam, teinté d'animisme, est la religion de 90 % des Maliens. Quelque 9 % d'entre eux ont conservé des croyances animistes. Le christianisme ne touche que 1 % de la population.
2.2 Les langues locales
Le pays compte une trentaine de langues, mais une dizaine seulement sont parlées par plus de 100 000 personnes. Elles sont d'ailleurs dotées d'une écriture alphabétique depuis 1967. De toutes les langues nationales, le bambara (2,7 millions de locuteurs comme langue maternelle), une langue de la famille nigéro-congolaise, demeure manifestement la langue la plus importante d'autant plus qu'elle est comprise par au moins quatre millions de personnes.
Au centre-est du Mali, du lac Débo jusqu'à Gao (et en république du Niger), on trouve le songhaï (6 %), une langue nilo-saharienne. Dans le nord (Tombouctou, Kidal et Gao), on parle le tamasheq, la langue des Touaregs berbères, ainsi que l'arabe hasanya (ou maure); ces deux langues sont parlées par 5 % de la population malienne. Toutes les autres langues sont parlées dans le Sud, où les nombreux idiomes locaux sont plus ou moins enchevêtrés. Le peul ou fulfude (Kayes, Mopti et Ségou) est parlé par 17 % de la population; cette langue s'apparente aux langues des Wolofs et des Toucouleurs. Mentionnons aussi le dogon (Mopti), le sénoufo (Ségou) et le samo (Mopti), parlés par 12 % de la population. La plupart des langues maliennes appartiennent à cette grande famille nigéro-congolaise, qui se divise en plusieurs sous-groupes, dont le gur, le mandingue, l'ouest-atlantique et le kwa.
D'autres langues font partie de la famille chamito-sémitique telles que l'arabe hasanya (ou maure) du groupe chamite et le tamasheq (ou touareg) du groupe berbère, mais quelques-unes appartiennent à la famille nilo-saharienne (songaï et daoussak), Parmi les langues nigéro-congolaises comptant plus de 100 000 locuteurs, mentionnons les suivantes:
groupe mandingue: bambara, bozo sorogama, bozo tiéyaxo,
groupe gur: bomu
groupe ouest-atlantique: peul ou fulfude
langue non classée: dogon
langues chamito-sémitique: arabe hasanya
Du point de vue du statut, les autorités maliennes ont reconnu 13 langues nationales. L'article 1 du décret 159 PG-RM du 19 juillet 1982 cite les langues suivantes: le bambara (ou bamanankan), le bobo (bomu), le bozo, le dogon (dogo-so), le peul (fulfulde), le soninké (soninke), le songoy (songaï), le sénoufo-minianka (syenara-mamara et le tamasheq (tamalayt). Mais d'autres langues sont également reconnues: le hasanya (arabe), le kasonkan, le madenkan et le maninkakan. Le français, quant à lui, bénéficie du statut de langue officielle, mais le bambara sert, dans plusieurs régions, de principale langue véhiculaire. Il n'est pas rare que, dans les villages du Sud, les enfants soient bilingues (langue locale + bambara), voire trilingues. À l'école, le français est souvent enseigné en tant que quatrième langue.
3 Données historiques
Les migrations des populations sahariennes vers la vallée du Niger débutèrent au IIIe millénaire, alors que le climat se faisait plus aride. À l'aube de notre ère, les premières cités se développèrent. Le commerce transsaharien du sel et de l'or assura la prospérité de l'empire du Ghana, érigé par les Soninké, vers le Ve siècle de notre ère, dans cette région du Soudan occidental, entre les fleuves Niger et Sénégal. En 1076, l'empire succomba sous les coups des Almoravides berbères, qui avaient entrepris l'islamisation de l'Afrique occidentale. C'est à cette époque que les Bambara s'établirent dans la région. Au XIIIe siècle, le Ghana, redevenu un royaume fut absorbé par l'empire du Mali, qui contrôlait les gisements aurifères du Haut-Sénégal-Niger et qui, à son apogée, sous le règne de Kankan Moussa, étendit son influence sur toute la savane de l'Ouest africain, jusqu'à l'Atlantique. Djenné, Gao et Tombouctou commencèrent à devenir de grands centres commerciaux, artistiques et intellectuels de l'islam soudanais. Leur rayonnement s'accrut encore après que l'empire du Mali se fût effacé, au XVe siècle, au profit du royaume de Gao. Les armées de Sonni Ali, puis d'Askia Mohammed diffusèrent l'islam à travers la savane et donnèrent à Tombouctou son rayonnement. Au maximum de son extension, le royaume de Gao, devenu l'Empire songhaï, couvrait la plus grande partie du Mali moderne, englobant à l'ouest des territoires de l'actuelle Guinée et étendant son influence jusqu'à Kano, au nord du Nigeria. L'Empire fut détruit par une expédition marocaine en 1591.
Durant les XVIIe et XVIIIe siècles, le territoire malien fut morcelé en plusieurs petits États, dont celui de Ségou fondé par les Bambara. Ces derniers, comme les Dogon, résistèrent à l'islamisation, mais ils furent la cible de la guerre sainte menée, dans la seconde moitié du XIXe siècle, par le chef musulman El-Hadj Omar, fondateur d'un empire toucouleur, s'étendant de Tombouctou jusqu'aux sources du Niger et du Sénégal. L'esclavage se répandit avec l'expansion de l'islam.
3.1 La colonisation française
La conquête de la région fut organisée par les colonels Joseph Gallieni (1849-1916) et Archinard (1850-1932) qui, à partir de 1880, menèrent des combats meurtriers contre les troupes de Samory Touré (1830-1900), un chef de guerre malinké et fondateur d'un empire dans le Haut-Niger, et contre les Touaregs qui résistaient au nord. Après des années de luttes acharnées contre les résistants maliens, les Français obtinrent la capitulation du pays en 1898.
À partir de ce moment, l'histoire coloniale du Mali fut marquée par de multiples changements de noms. Le Mali, une partie de la Mauritanie, du Burkina et du Niger actuels furent intégrés à l'Afrique occidentale française. En 1904, ces territoires formèrent la Colonie du Haut-Sénégal-Niger, dont la capitale était Bamako, puis les Provinces de l'Ouest. Elle devint, en 1920, le Soudan français après que la Haute-Volta (aujourd'hui Burkina) en eut été détachée l'année suivante.
La colonie malienne fit l'objet d'une politique de valorisation économique, qui s'accompagna du recours au travail et à la conscription forcée. Toute activité politique fut interdite aux colonisés jusqu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Finalement, la colonisation française a légué un héritage assez maigre au Mali, ne laissant que peu ou pas d'infrastructures routières, peu d'écoles et de centres de santé, etc. En 1946, à Bamako, fut constitué le Rassemblement démocratique africain (RDA), qui mena la lutte pour l'indépendance de l'Afrique occidentale. Sa section malienne, l'Union soudanaise, était dirigée par Modibo Keita.
En 1956, le Soudan français accéda à l'autonomie interne et devint, deux ans plus tard, une république au sein de la Communauté française. Le 17 janvier 1959, il se joignit au Sénégal pour former la fédération du Mali, qui se proclama indépendante le 20 juin 1960. Cette fédération éclata en septembre, en partie à cause de la rivalité entre Léopold Sédar Senghor et Modibo Keita, deux figures du nationalisme africain. L'ancien Soudan français conserva le nom prestigieux de Mali et Modibo Keita demeura président de la nouvelle république du Mali, proclamée le 22 septembre 1960. Le même mois, le nouvel État devint membre de l'Organisation des Nations unies (ONU).
3.2 La dictature de Moussa Traoré
Le Mali, sous la direction de Modibo Keita, qui fondait son pouvoir sur l'Union soudanaise (l'US-RDA), seul parti représenté à l'Assemblée, poursuivit une politique de développement économique guidée par les principes du socialisme, sans rompre avec la France. L'échec de cette politique provoqua, le 19 novembre 1968, un coup d'État militaire qui porta au pouvoir le lieutenant Moussa Traoré. À son arrivée, le jeune Moussa Traoré promit la restitution du pouvoir aux civils, mais il resta au pouvoir jusqu'en... 1991, soit pendant vingt-trois ans. Il conserva le français comme langue officielle pour le Mali.
Moussa Traoré régna avec autorité; il interdit tout groupement politique, puis créa en 1979 un parti unique: l'Union démocratique du peuple malien (UDPM). Le régime dictatorial de Moussa Traoré se révéla incapable de faire progresser l'économie, sans compte que de 1968 à 1974, puis de 1983 à 1985, des sécheresses persistantes entraînèrent des famines, tandis que l'État épuisait ses maigres ressources dans un différend frontalier avec le Burkina, qui dégénéra en 1985 en un affrontement armé. En même temps, d'importantes grèves étudiantes et syndicales aggravèrent la situation. Puis l'aspiration démocratique suscita encore plus de mécontentement dans la population. Dans le nord du pays, les Touaregs se révoltèrent, mais l'armée réprima brutalement tout mouvement d'opposition.
En mars 1991, Moussa Traoré dut partir à la faveur d'un coup d'État. Un gouvernement de transition fut instauré avec comme président le lieutenant-colonel Amadou Toumany Touré.
3.3 Le retour à la démocratie
En 1992, les premières élections libres du Mali indépendant portèrent au pouvoir Alpha Oumar Konaré, un professeur d'histoire. En février 1993, Moussa Traoré fut condamné à mort lors d'un procès, mais le président Konaré, hostile à la peine de mort, gracia en 1997 (au nom de la «réconciliation nationale») l'ancien dictateur qui fut condamné à purger une peine de dix ans de prison pour «crimes politiques et économiques». Les efforts pour renforcer la démocratie furent menacés par la persistance des difficultés économiques et une forte corruption au plan politique. En mai 1997, Konaré fut réélu avec 80 % des suffrages exprimés. Au cours de sa présidence, le Mali fut souvent cité comme un pays de «bonne gouvernance». Conformément à la Constitution qui limite à deux le mandat du président, Konaré quitta la présidence en 2002.
L'ancien général Amadou Toumany Touré, qui avait déjà dirigé le Mali pendant la transition de 1991-1992, gagna l'élection présidentielle de 2002. Le nouveau président n'appartient à aucun parti politique (donc pas de majorité parlementaire) et son gouvernement regroupe tous les partis du pays. Surnommé ATT, Touré a du travail à faire dans un pays où 64 % de la population vit dans la pauvreté et 21 % dans une extrême pauvreté, mais il dispose d'un mandat de cinq ans pour traduire dans les actes sa volonté de «gouverner autrement».
4 La politique linguistique
Le Mali a élaboré une politique linguistique à deux volets: le premier concerne la langue officielle, le second, les langues nationales. Tout est résumé à l'article 25 de la Constitution de 1992, qui déclare:
Article 25
1) Le français est la langue d'expression officielle.
2) La loi fixe les modalités de promotion et d'officialisation des langues nationales.
4.1 La langue de l'État
C'est à partir ce cette simple déclaration que s'établit toute la politique linguistique: «Le français est la langue d'expression officielle.» Il s'agit d'une terminologie un peu ambiguë pour désigner la langue officielle. C'est pourquoi toute la législature du Mali fonctionne en français, ce qui implique les débats parlementaires, la rédaction et la promulgation des lois.
La situation est un peu différente dans les tribunaux. En principe, seul le français est permis, mais les langues maliennes (moins d'une dizaine, mais surtout le bambara) sont autorisées dans les communications orales entre le juge et l'accusé, y compris dans les cours d'appel. Cependant, les documents écrits se font seulement en français et les juges rendent tous leurs jugements en cette langue.
En ce qui a trait aux services gouvernementaux, ils sont dispensés en français, mais, selon les régions, les communications orales se déroulent généralement en l'une ou l'autre des langues maliennes, notamment le bambara. Évidemment, toute la documentation écrite paraît surtout en français, bine que certains documents soient publiés en bambara ou dans l'une ou l'autre des langues nationales. Par ailleurs, on utilise davantage les langues maliennes locales que le français dans les soins dispensés aux patients dans les hôpitaux, dispensaires et cliniques publiques.
4.2 Les langues nationales et l'éducation
La réforme de l'éducation entamée en 1962 dans l'enthousiasme de l'indépendance nouvellement acquise se voulait une rupture avec le système éducatif colonial. Elle s'était donné comme ambition d'atteindre l'enseignement universel tout en préservant et perpétuant une culture proprement malienne. L'enseignement primaire est passé d'un cycle de six ans, sous le système colonial, à un cycle de neuf ans. L'examen marquant la fin des études primaires, célèbre pour sa fonction de sélection, a été annulé. Mais cette réforme n'a pas atteint les résultats escomptés, notamment au sujet du programme qui mettait l'accent sur la maîtrise du français. Non seulement la part du budget de l'État consacrée à l'éducation n'est pas arrivé à couvrir les besoins pressants, mais l'accès à l'éducation primaire et secondaire est resté limité et inéquitable pour les populations rurales et périurbaines. Ainsi, le taux d'accès est demeuré à 53,9 % en général, ce qui signifie 63,6 % pour les garçons et 44,4 % pour les filles. Dans certaines régions, ces taux ne dépassent pas 25 % pour les garçons et 19 % pour les filles. Une autre lacune du système éducatif malien concerne les bas rendements en raison des redoublements et des abandons (un gaspillage se chiffrant à 25 % du budget) et le nombre insuffisant d'enseignants et d'infrastructures.
Après des années d'expérimentation de la langue maternelle comme langue d'instruction dans l'enseignement, le ministère de l'Éducation de base a élaboré en 1993 un nouveau programme. Le décret 93-107/P-RM du 16 avril 1993 a assigné au Ministère l'utilisation des langues nationales dans l'enseignement et, à partir de la rentrée scolaire de 1994-1995, a généralisé l'enseignement à la fois des langues nationales et du français en faisant passer le nombre des langues enseignées à six: le bambara, le tamasheq, le songaï, le soninké (peul) et le dogon. Cette généralisation touche aujourd'hui plus de 300 écoles. Le principe est de ce qu'on a appelé la «Nouvelle école fondamentale» (NEF) est d'utiliser la langue maternelle de l'élève comme langue d'enseignement dans les trois premières années de l'enseignement primaire, le français étant considéré comme une matière à partir de la deuxième année. Le problème, c'est que, pour l'instant, la NEF n'a pas encore été mise en oeuvre, sauf dans des écoles expérimentales, en raison de l'opposition des principaux intervenants (enseignants, étudiants, partis politiques, etc.). De plus, des tests dispensés en 5e année à Ségou en 1997 montrent que, après quatre ans d'instruction en bambara, les enfants sont loin de maîtriser leur langue maternelle à l'écrit. Le français demeure la langue d'enseignement préférée pour des raisons de mobilité sociale, tandis que le bambara est restée la langue véhiculaire favorite. Pourtant, le ministère de l'Éducation de base a créé des organismes pouvant assurer l'exécution advenant la mise en oeuvre des politiques éducatives et la documentation en langue maternelle est assez abondante; on trouve aussi des journaux et des magazines dans plusieurs langues nationales.
On peut dire que tout le système d'éducation continue de se faire en français, du primaire à l'université. Cependant, les élèves de la maternelle utilisent leur langue maternelle locale et s'initient au français parlé. Au premier cycle du primaire, on enseigne en français, mais certaines langues maliennes, notamment l'arabe coranique, sont également enseignées dans un grand nombre d'écoles. Au second cycle, seuls le français et, dans certains cas, l'arabe sont enseignés. Dans toutes les écoles primaires du pays, l'enseignement de l'anglais comme langue seconde est obligatoire, alors qu'au secondaire les élèves ont le choix entre l'anglais, l'allemand, l'arabe et le chinois. En réalité, suite à plusieurs ordonnances ministérielles, la volonté politique des autorités est de permettre l'utilisation libre des différentes langues nationales dans l'enseignement. Selon les régions, le bambara et le français sont véhicules d'enseignement dans les deux premières années du primaire. Comme on le sait, des expériences ont été tentées avec le bambara, le tamasheq, le songaï, le peul soninké et le dogon. L'objectif avoué du gouvernement malien est d'utiliser la langue maternelle de l'élève pour lui donner les connaissances de base et mieux le préparer au passage de la langue maternelle à la langue étrangère, le but ultime étant que le français et les langues maliennes doivent entretenir des relations se complémentarité et non de concurrence. Il s'agit du programme dit «de pédagogie convergente», qui s'inscrit dans le cadre de la lutte contre la déperdition scolaire et la baisse constante du niveau des élèves en français. Le principe directeur est d'organiser le transfert en français des compétences acquises dans les langues nationale, c'est-à-dire «d'optimiser les avantages d'une prise en compte à l'école de compétences linguistiques propres à la culture des élèves en intégrant l'apprentissage de ces langues dans le curriculum classique».
Depuis plusieurs années, notons qu'il y a un a un effort significatif pour promouvoir l'alphabétisation dans les langues nationales. Le 24 juillet 1986, la loi no 86 AN-RAM créait la Direction nationale de l'alphabétisation fonctionnelle et de la linguistique appliquée (DNAFLA). Concernant la scolarisation au Mali, il existe un certain nombre d'«écoles communautaires» dans lesquelles l'instruction est en langue nationale pour les premières trois années. Enfin, il existe un mouvement au Mali pour encourager l'utilisation d'un alphabet du nom de «n'ko», un système d'écriture phonétique (s'écrivant de droite à gauche) capable de transcrire toutes les langues maliennes, en particulier les langues à tons. Aujourd'hui, le Mali compte plus de 8000 centres d'alphabétisation répartis entre 6132 villages. Le nombre d'alphabétisés, sortis de ces centres est officiellement évalué à 1,2 million de personnes. Pour assurer la promotion des langues et améliorer le taux d'alphabétisation de la population malienne qui oscillait autour des 30 %, le gouvernement a créé la Direction nationale de l'alphabétisation fonctionnelle et de la linguistique appliquée (DNAFLA). La mission de cette institution est de faire la promotion des langues retenues et de faire d'elles des outils de développement. Le programme a permis la production de syllabaires, de dictionnaires, de lexiques, de brochures et manuels de formation dans les différentes langues retenues.
4.3 Les médias et la vie économique
Du côté des médias électroniques, les émissions radiophoniques sont diffusées dans un grand nombre dans les langues maliennes, mais le français demeure la langue de prestige. L 'ORTM (Office de radiodiffusion télévision du Mali) diffuse ses informations en français dans une proportion de 80 %, les 20 % restants sont consacrés à quelques magazines, quelques sketchs et micro-programmes de sensibilisation. L'insuffisance de la production en plusieurs langues nationales est due à l'absence de budget et un manque de formation professionnelle des intervenants concernés. Il existe au Mali quelque 17 stations de radio qui émettent quotidiennement, dont 14 sont des radios privées; et la liste ne cesse de s'allonger. Les différentes radios couvrent presque totalement l'ensemble du territoire; seul le nord du pays n'est pas pourvu de stations (Tombouctou, Gao, Kidal).
Parmi les 17 stations en fonction, cinq ont une vocation essentiellement rurale. Elles diffusent presque toutes dans les langues nationales en plus du français. La radio rurale nationale a été lancée au Mali en 1967 et, très tôt, elle a acquis une grande audience auprès des populations concernées. Un programme de relance de cette radio est actuellement en cours d'exécution, financé par la FAO (formation) et par l'UNICEF (équipement). Des radios rurales locales fonctionnent à Kayes depuis août 1988 et à Douentza depuis le mois de juillet 1993. D'autres seront installées à Kadiolo, Bandiagara, Nioro et Kidal. Malheureusement, ces stations régionales demeurent sans statut, sans budget, avec un personnel insuffisant. Les langues nationales les plus diffusées sont le bambara, l'arabe hasanya, le ségou, le dogon, le kinbakka,
Presque toute la presse écrite du pays est en français, mais l'édition en langues nationales prend de plus en plus d'importance. La presse écrite en français est donc en pleine mutation. Il existe aussi une presse communautaire — les «journaux de proximité» — relativement importante, qui diffuse généralement en langue nationale. Ainsi, le Kabaaru est publié en peul, le Xibare en sononké, le Jekabaara, le Kote et le Nieta en bambara. Mais la transcription dans les autres langues nationales pose des problèmes techniques. Ces journaux comptent en moyenne moins de 20 pages et sont diffusés entre 2000 et 20 000 exemplaires. Ils servent souvent de support pour l'alphabétisation de certaines communautés.
Dans la vie économique, deux langues prennent la plus large place: le français d'abord, puis le bambara. Dans toute information ou toute transaction écrite, seul le français est utilisé, mais à l'oral le bambara exerce une forte concurrence au français. En somme, on peut dire que le Mali respecte les prescriptions de l'article 2 de la Constitution:
Article 2
Tous les Maliens naissent et demeurent libres et égaux en droits et en devoirs. Toute discrimination fondée sur l'origine sociale, la couleur, la langue, la race, le sexe, la religion et l'opinion politique est prohibée.
Au Mali où le français a pris la place dans toutes les manifestations officielles de l'État, il ne subsiste néanmoins aucun conflit ni aucune frustration de nature linguistique. Pourtant, dans ce pays, les brassages interethniques sont très anciens et très développés. Pour la plupart des Maliens, la situation paraît normale, et ce, d'autant plus que toutes les langues nationales sont à égalité par rapport au français, langue officielle. Quoi qu'il en soit, si l'harmonie constitue un atout dans un pays multilingue, et le Mali y est parvenu. Il faut souligner aussi l'ouverture des Maliens envers les autres langues que le français. En effet, au Mali, non seulement le bambara reste-t-il la première langue nationale d'importante, mais l'État semble avoir pris soin de ne pas négliger l'arabe et l'anglais. N'oublions pas qu'en Afrique trois langues assurent la quasi-totalité des fonctions officielles de la communication interethnique: le français, l'anglais et l'arabe. Comme on le constate, le Mali se positionne bien!
Dernière mise à jour: 19 mai 2005
Bibliographie
CRDI. «Langues d'instruction / Languages of Instruction» dans Implications pour les politiques d'éducation en Afrique / Policy Implications for Education in Africa, Groupe de travail sur la recherche en éducation et l'analyse des politiques, Association pour le développement de l'éducation en Afrique, Institut international de planification de l'éducation,1997, [http://www.idrc.ca/books/focus/829/chp01_f.html].
DANIOKO, Charles Abdoulaye. «"Enquête sur la langue au Mali», Bamako, étude non publiée.
ENCYCLOPÉDIE MICROSOFT ENCARTA, 2004, art. «Mali», pour la partie historique.
GAUTHIER, François, Jacques LECLERC et Jacques MAURAIS. Langues et constitutions, Montréal/Paris, Office de la langue française / Conseil international de la langue française, 1993, 131 p
SANGARE, Mahamadou. «Les langues locales et l'identité africaine», Sikasso, sans date,
[http://www.kanjamadi.com/MahamadSangare.html].
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